Si les magazines lifestyle analysent de long en large le lien entre notre alimentation, le sommeil, les hormones, la joie et la libido, le membre de Carsup, lui, préfère étudier le lien entre son adrénaline, l’indice d’octane de l’hormone de son plaisir… et le prix du carburant !

Disclaimer… non, tous les « Carsupers » ne sont pas des fans de smogs suburbains sans conscience environnementale. Je suis sûr qu’en cherchant bien dans le dernier décile, on trouverait même quelques consciences écologiques.

Mais on ne se refait pas, et je ne laisserai personne ici se draper du linceul de la bonne conscience. Ni vous ni moi ne sommes là par hasard. Notre point commun est de préférer l’odeur de l’essence à celle d’une tisane à la sauge. Et si je viens vous parler aujourd’hui, c’est pour vous permettre de disposer d’un angle de vue bien meilleur sur le marché du carburant coupable de notre désir : celui du pétrole.

Nos analyses pour FamiliesUp visent beaucoup à redresser l’image « influencée » que nos clients ont des marchés. Beaucoup de gens, y compris en finance, ont maintenant un job qui consiste non pas à se faire payer pour l’exactitude de leurs analyses ou de leur position de marché… mais en fonction du nombre de clics et de ce que les annonceurs paieront pour le buzz qu’ils génèrent. Mais en économie, la réalité se venge toujours à la fin. Nous veillons.

Je vous propose un petit voyage sur 50 ans et cinq continents pour mieux comprendre où nous en sommes après plus d’un mois de guerre.

Le Moyen-Orient n’est plus le centre de gravité du marché… cap sur les Amériques !

Si l’on regarde dans le rétroviseur des trente dernières années, la carte mondiale de l’or noir a été totalement redessinée. On a longtemps cru le Moyen-Orient indéboulonnable, mais le véritable moteur de la croissance de l’offre se trouve désormais à l’Ouest. Sur les deux dernières décennies, l’Amérique du Nord a littéralement écrasé la concurrence : la production des États-Unis a bondi de 162 %, propulsée par la révolution technologique du schiste, tandis que le Canada affiche une hausse de 95 %.

En élargissant le spectre au Brésil, nouveau géant de l'offshore ultra-profond, on constate que les Amériques dans leur ensemble affichent une croissance de 117 %. Ce n'est plus le Golfe qui fait le plein du monde, c'est le bloc atlantique.

Le mirage Poutine : meilleur à la com’ qu’à la pompe

Les plateaux de chaînes d’information continue aiment parfois dépeindre Vladimir Poutine comme le grand maître de l'échiquier pétrolier. Les chiffres racontent pourtant une tout autre histoire : celle d'un déclin relatif rapide. Contrairement à l'intuition globale, la Russie n'a pas su tirer parti de l'augmentation massive de la demande mondiale. En %, la Russie et ses vassaux sont à -38 % de la performance exportatrice de l’URSS. C’est vertigineux et totalement méconnu.

Là où les Américains innovaient et investissaient, la Russie s'est contentée de gérer un héritage soviétique vieillissant. Sa production totale n’a augmenté que de 3 %. Le vrai talent de Vladimir Poutine, c’est la com’ !

La fin du pétrole "Géopolitique"

N'en déplaise aux politiciens qui adorent instrumentaliser le prix à la pompe pour leurs récits nationaux, le pétrole est de moins en moins un outil diplomatique et de plus en plus une simple commodité de marché. Rappelons les faits : le pic historique de 144 dollars en 2008 n'avait rien de politique. Il était le résultat d'un dollar historiquement faible et d'une demande chinoise en surchauffe. À l'inverse, le prix négatif durant le Covid (-37 $) n'était pas une manœuvre de déstabilisation, mais la simple réalité physique de stocks saturés face à un monde à l'arrêt.

Le pétrole perd chaque jour un peu plus son statut d'actif stratégique suprême ; la faute aux technologies de l’information, la faute aux renouvelables et au nucléaire. Mais quel Européen va s’en plaindre ? Aujourd'hui, la véritable guerre des nerfs et la manipulation géopolitique se déplacent vers les terres rares et les métaux critiques. C'est là que se situe le futur potentiel de chantage mondial, bien plus que dans un baril dont l'offre est désormais trop diversifiée pour être réellement prise en otage. Le barycentre n’est plus le milieu du continent eurasiatique, mais quelque part en plein Atlantique :).

La réalité du prix : entre le pic de 2008 et l'économie de guerre

Aujourd'hui, nous naviguons entre 100 et 120 dollars. Si l'on rapportait le pic de 2008 au PIB mondial actuel (passé de 64 000 à 115 000 milliards de dollars), le prix "équivalent" serait de 216 dollars. En partant du prix du baril de 1974, nous serions même à 270$. Certes, la comparaison a ses limites, mais elle permet de relativiser la panique actuelle. Comme le souligne notre associé Ludovic Subran (Chief Investment d'Allianz), une moyenne de crise autour de 130 dollars est tenable, mais un envol vers les 200 dollars, s’il est possible, ne serait pas durable.

Pourquoi ? Parce que l'économie de guerre est déjà là. En Asie, le rationnement a commencé. Des pays comme le Pakistan, le Sri Lanka ou même certaines provinces du Vietnam et de la Chine ont déjà mis en place des mesures de limitation de la consommation ou de plafonnement strict. Personne ne semble prêt à subventionner un baril à plus de 150 dollars éternellement.

Deuxièmement, la Chine a été placée involontairement en position de force diplomatiquement et l’administration américaine va devoir sortir du coin dans lequel elle s’est mise toute seule. Voir Pékin tirer les marrons du feu serait par trop ironique. Mais quel prix pourrait demander Téhéran pour cela ? Pékin risque d’avoir le beau rôle dans cette conversation. Plus cela durera, plus les Américains auront du mal à justifier un succès opérationnel. Et il y a les midterms

Et donc, l’essence de notre vie ? À combien demain ?

Ludovic Subran nous dit qu’un retour à 60 $ est vraisemblable, donc autour de -50 % par rapport à aujourd’hui, soit plus ou moins le prix de novembre dernier. Ce retour à la normale devrait s’opérer en plusieurs temps, car les réserves stratégiques de plusieurs pays seront à reconstituer.

Notre sentiment de culpabilité à l’égard du budget familial va pouvoir retourner d’où il vient. Durablement, le pétrole perd de son influence et cette nouvelle crise devrait le démontrer. Les substituts, à commencer par le schiste, sont de plus en plus nombreux. La démonstration a été faite : le poids du pétrole dans le PIB est en réduction drastique depuis les années 70. Vous pouvez donc garder la tête froide et répondre à votre conjoint(e) que vous payez le carburant infiniment moins cher qu’en 1974 ! Ça devrait l’impressionner sur votre talent de négociateur !